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Entre 1928 et 1956 se tiennent neuf congrès internationaux d'architecture moderne (CIAM). Les CIAM s’intéressent vivement aux expériences urbanistiques passionnantes en Union Soviétique. Le IVe CIAM était même prévu à Moscou en 1932. Pour Le Corbusier, « les terrains libres de l’URSS apporteront le plan libre». Mais l’Union des Architectes de l’USSR ‘rejette énergiquement les recettes fonctionnalistes’. Et le congrès s’organise autour d’une croisière de Marseille à Athènes en 1933. La Charte d’Athènes préconise le zonage des quatre fonctions -habiter, travailler, se divertir et circuler, et veut ‘tuer la rue corridor’. La vie dans la cité radieuse de Corbu « pourrait s’y dérouler sans que les habitants aient à en sortir ».
Nous ne ferons que survoler l’urbanisme dans les pays communistes et nous nous attarderons plus sur les urbanistes communistes dans les pays capitalistes. En France, le grand urbaniste du communisme municipal Lurçat est membre fondateur des CIAM. Jean Nicolas, membre du PCF, accueille en 1937 la Vème session des CIAM.
Le IXe congrès des CIAM en 1953 est son chant de cygne. Dans un vide idéologique s’installe la domination sans partage des promoteurs immobiliers. Le maître-mot de la « Charte de Leipzig sur la ville européenne durable » de 2007 est la compétitivité des villes.
Des amorces d’alternatives se développent. Aux USA et Canada Jane Jacobs «n'a pas besoin de ce que les urbanistes appellent des ‘avantages commerciaux’. Si une intervention doit porter tort à quelqu'un, vous avez tout faux». Léonard Duhl développe le concept de « Ville-Santé, où le multiculturalisme et la diversité ne représentent pas un problème à surmonter mais plutôt de riches opportunités qui doivent être saisies ». C’est sur cette base-là que nous développerons quelques idées sur ce que peut être un urbanisme des gens d’abord du XXI° siècle.
J’aurais pu commencer par la brochure « La question du logement » écrit en 1872 par Friedrich Engels qui y dénonce le spéculateur Haussmann: « L'extension des grandes villes modernes confère au terrain, dans certains quartiers, surtout dans ceux situés au centre, une valeur artificielle. Les logements ouvriers sont démolis et à leur place on construit des boutiques, de grands magasins, des bâtiments publics. A Paris, le baron Haussmann a exploité cette tendance pour le plus grand profit de la spéculation et de l'enrichissement privé; mais l'esprit d'Haussmann a soufflé aussi à Londres, Manchester, Liverpool, Berlin et Vienne. Il en résulte que les travailleurs sont refoulés du centre des villes vers la périphérie. Dans ces conditions, l'industrie du bâtiment, pour qui les appartements à loyer élevé offrent à la spéculation un champ beaucoup plus vaste, ne construira jamais qu'exceptionnellement des logements ouvriers ».
Si ce refoulement des travailleurs du centre des villes vers la périphérie reste d’une grande actualité, je commencerai néanmoins mon exposé cinquante ans plus tard. Entre 1928 et 1956 se tiennent neuf congrès internationaux d'architecture moderne (CIAM). La Charte d’Athènes case les quatre fonctions -habiter, travailler, se divertir et circuler – dans des zones différentes. Les Ciam veulent ‘tuer la rue corridor’. Pour Le Corbusier, la vie dans la cité radieuse pourrait s’y dérouler sans que les habitants aient à en sortir.
Lors du Ciam de Bruxelles en 1930 Corbu développe l’idée selon laquelle « les terrains libres de l’URSS apporteront le plan libre» et présente son ‘schéma organique’ pour Moscou. Mais l’Union des Architectes de l’USSR appelle à ‘rejeter énergiquement les recettes fonctionnalistes’. Le IVe CIAM devait originellement avoir lieu à Moscou en 1932. Mais l’enthousiasme n’y est plus, des deux côtés. Finalement, le IV° congrès s’organise autour d’une croisière de Marseille à Athènes en 1933.…
Ce sujet est développé en long et en large dans le texte "Des cites jardins aux CIAM".
La Charte d’Athènes est en quelque sorte une rupture avec les principes mis en œuvre en URSS à partir du II° plan quinquennal. L’URSS développera la politique volontariste la plus intensive de construction de villes nouvelles connue jusqu’à présent avec plus de 1.200 réalisations en soixante ans. Le modèle soviétique sera reproduit en en Pologne (Nowe Tychy, Nowa Huta, etc.), Hongrie (Dunaujvaros, Komlo, Varpalota) et en Chine où une soixantaine de villes nouvelles industrielles ont ainsi été créées autour de Shanghai.
Milioutine, président de la Commission pour la construction des villes soviétiques, développe le concept de ville linéaire qui minimiserait les temps de déplacement entre l’habitat et le lieu de production. En principe, l’ouvrier socialiste devait pouvoir accéder à pied à l’usine. Mais il est difficile de généraliser ces expériences passionnantes liées à une situation où les moyens de production sont socialisés et nous ne ferons que survoler l’urbanisme dans les pays communistes.
Nous nous attarderons un peu plus sur les architectes et urbanistes communistes dans les pays capitalistes. En France, l’architecte Jean Nicolas rejoint le PCF dès 1929. Il accueille en 1937 la Vème session des CIAM. Lurçat, membre fondateur des CIAM, est le grand urbaniste du communisme municipal. Les HBM de Vitry et d’Ivry des années 1920-1930 étaient les fleurons de la politique sociale du PCF. En 1934 Lurçat prononce à Moscou un discours où il explique ses divergences avec Corbu. Corbu exige son exclusion des CIAM, mais une Commission d’enquête décide un non lieu. Ce qui n’empêche pas que la CGT du bâtiment commande en 1938 un documentaire, “Les Bâtisseurs”, qui donne longuement la parole à Le Corbusier.
Au Brésil l’immortel architecte Niemeyer (il est né en 1907) porte le jugement suivant sur Brasilia, où il a été responsable de l’architecture, de l’architecture seulement: «J’appartiens au Parti communiste depuis 1945. Lors de la construction de Brasilia, on pensait que ce serait une cité heureuse. Mais une fois que la ville a été terminée, j’ai eu un choc: c’est une cité moderne, mais une ville de la discrimination, de l’injustice, de la séparation entre les riches et les pauvres, ceux-ci, comme partout, rejetés à l’extérieur de la ville qu’ils ont construite… »
Le IXe congrès des CIAM en 1953 est son chant de cygne. Dans un vide idéologique s’installe la domination sans partage des promoteurs immobiliers. Le maître-mot de la « Charte de Leipzig sur la ville européenne durable » de 2007 est la compétitivité des villes.

Le gourou du XXI° siècle est sans conteste Rem Koolhaas qui écrit en 2000 dans son «Guide to Shopping»: "Le commerce, la dernière des activités publiques encore en vie, phagocyte aujourd’hui tous les lieux de la vie collective : faubourgs et centres-villes, aéroports, musées, églises, écoles et hôpitaux. Le commerce formate ainsi notre environnement et, finalement, nous-mêmes". Il développe depuis 2001 une collaboration très étroite avec Prada, « un client à part, qui marque possède un intérêt idéologique ». L’ex militante communiste Miuccia Prada loue en 2000 le temple du communisme français place du Colonel-Fabien – une œuvre de Niemeyer - pour un défilé de mode. C’est le mot de la fin de Koolhaas : « In the end, there will be little else for us to do but shop » (A la fin, il y aura peu d'autres choses à faire pour nous que le shopping).
Koolhaas est aussi un think tank délirant pour l’Union Européenne. En 2001 il propose à Prodi et Verhofstadt son drapeau code à barres. Mais il est aussi demandé à Beijing où il dessine le siège de la télévision centrale chinoise (CCTV).
Pour Koolhaas, « l’urbanisme tel qu’il est pensé aujourd’hui n’est plus tenable, car il suppose des systèmes de maîtrise des phénomènes qui n’existent plus. Les professionnels se considèrent comme représentant la chose publique; or, nous vivons maintenant une logique totalement opposée, celle du marché qui, par définition, ne laisse aucune place à ce genre de préoccupations ».
Heureusement, il y a des amorces d’alternatives. « Death and Life of Great American Cities » de Jane Jacobs est une critique virulente de politiques modernistes qui ont détruit tellement de communautés d'intérieur-ville : « Nous n'avons pas besoin de ce que les urbanistes appellent des ‘avantages commerciaux’. Si une intervention doit porter tort à quelqu'un, vous avez tout faux». Léonard Duhl développe le concept de « Ville-Santé, où le multiculturalisme et la diversité ne représentent pas un problème à surmonter mais plutôt de riches opportunités qui doivent être saisies ».
C’est sur cette base-là que nous développerons quelques idées sur ce que peut être un urbanisme des gens d’abord du XXI° siècle. Voir aussi Un urbanisme de gauche au XXI° siècle