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Cette balade nous permettra de découvrir Ravel ligne 76, inauguré à l’occasion de la Journée de la mobilité, le 18 septembre. A partir du Post House nous suivrons le sentier n°86 qui part en ligne droite des Hauts Sarts au Bouxthay. Nous revenons via la liaison Ravel Meuse – Ravel Liers, pour terminer notre balade au terril de la petite Bacnure. Notre ami Jean Nyssen, ancien postier et aujourd’hui professeur de Geographie à l’Universite de Gand, a travaillé sur l’érosion de ce terril et nous expliquera comment la combustion de ce terril est à la base d’ un glissement de terrain. Au café ‘la petite Bacnure’ on aura la possibilité de déguster un sandwich. Nous rejoindrons notre maison médicale en voiture.
Petit à petit se met en place le Réseau Autonome de Voies Lentes, « des voies de communication autonome réservée aux déplacements non motorisés, et réunissant des conditions suffisantes de largeur de déclivité et de revêtement pour garantir une utilisation conviviale et sécurisée à tous les usagers de toute capacité ».
A côté de ces Ravel, il y a les sentiers vicinaux repris dans un Atlas établi en 1841.
Tout en découvrant ce réseau, nous contribuons à son maintien. Un tronçon du n° 86, qui pourrait assurer la liaison du nouveau Ravel 76 avec le Thier à Liège, Bernalmont et Coronmeuse, est menacé par le lotissement en cours à côté du cimetière, entre les rues de Milmort et du Paradis. Notre bourgmestre affirme que ce sentier sera incorporé dans les trottoirs des lotissements en cours. On va le croire quand on va le voir : les routes sont faites, mais on ne voit pas par où un piéton pourrait passer…
Voici une petite description de notre balade. Sauf si c’est indiqué autrement, les infos viennent de la brochure « la voie des botis » de mon ami Walthère Fransen.
La ligne 76 Liège Riemst
Avenue de l’Europe nous retrouvons le Ravel de la ligne 76. Nous sommes sur le tracé de la ligne Genk – Riemst – Bassenge – Houtain – Hermée – Herstal – Liège. Cette ligne, inaugurée en 1914, assurait le trafic de marchandises et de voyageurs (surtout des navetteurs des industries Herstaliennes). Au départ ce tram s’arrêtait à Malvoye à 500 m d’une correspondance vers Liège par le tram urbain. En 1927 la ligne est prolongée jusqu’à Coronmeuse. En 1959 les trams sont remplacés par des bus (le 76 du TEC Liège Léopold - Herstal - Hermée - Bassenge - Riemst / Kanne).
Oupeye a déjà aménagé en Ravel le tronçon de Houtain Cliquez ici pour une description du tracé du tram Houtain – Liège.

Le Ravel 76 débouche à la campagne des Monts, un véritable gruyère. "Sous les pavés, la plage", se traduit à Herstal "sous le gazon, un terril". Et un "Jurassic Park": le toit de la veine de charbon Haute Claire était identifié par les nombreux fossiles (surtout des fossiles végétaux).
A l’intérieur du champ en haut de la rue Hurbise il y a un petit terril ainsi qu’à à la jonction de notre sentier 86 avec la rue Hurbise et le vieux Chemin de la Croix. Plus loin nous distinguons deux petits terrils situés dans les champs direction rue de Milmort. Ces petits terrils d’ une hauteur de un à trois mètres sont en rapport avec les moyens techniques utilisés du 16 ème siècle jusqu’à la fin du 19 ème siècle.
En 1914 le cimetière de Rhées est le témoin d’une bataille furieuse. Le 5 août 1914 le 89ème grenadiers allemand contourne le fort de Pontisse et débouche au cimetière de Rhées au milieu d’un bataillon du 11ème de ligne belge qui bivouaquait en dehors du cimetière, en plein champ. Les soldats belges s’encourent vers le cimetière d’où ils sont chassés par les allemands. A l’aube du jour les forts de Pontisse et de Liers bombardent les troupes allemandes dans la plaine de Rhées. Les allemands se retirent à Hermée où ils massacrent des civils en pillant les maisons. Le site memorial.be nous apprend que le soldat de 2ème classe et ancien de l'Athénée royal de Liège DUMONT Paul Hubert Emile du 12ème de Ligne fut assassiné à Rhées au cours de la nuit du 5 au 6 août 1914, tandis que, désarmé par l'ennemi, il prodiguait des soins à ses compagnons blessés.
C’est cette portion du sentier qui est fortement menacée par le jeu de ping-pong entre lotisseurs. Combien de fois ces lots ont changé de mains depuis le début du lotissement ?
Ignorant Emile Vinck (1870-1950), qui fut en son temps président de la Société Nationale des Habitations à Bon Marché, les habitants de la cité des Monts surnommèrent cette rue construite de 1949 à 1953 "la rue des Italiens". Et pour cause : les maisons sociales qui y furent construites étaient louées en priorité à des ouvriers mineurs. Et les nouveaux mineurs en ces années d'après guerre étaient en majorité de nationalité italienne. La guerre à peine terminée, Achille Van Acker lançait "La bataille du charbon". Mais la désaffection des ouvriers belges pour la mine était maintenant complète. On avait bien en 1945 fait descendre dans nos mines les prisonniers de guerre allemands, mais à partir de 1947 ils devaient être libérés. C'est dans ce contexte que patrons charbonniers, gouvernement belge et gouvernement italien signèrent à Rome le 26 juin 1946 le protocole Italo-Belge prévoyait "le transfert par convoi de travailleurs italiens dans les mines belges, en compensation de quoi l'Italie recevra du charbon belge". Ainsi de 1946 à 1956, 303 convois amenèrent en Belgique 140.105 travailleurs italiens.
Arrivé dans la rue de l’Agriculture nous prenons 30 mètres à gauche pour prendre le sentier qui longe la chapelle de la Vierge des pauvres. Nous traversons la rue sur les Thiers et suivons le sentier qui mène à la rue de la Baume. A droite du sentier nous
voyons une baraque Albert. Lors de la première guerre mondiale, 200.000 maisons ont été détruites. Des milliers de logements préfabriqués sont construits par le Fonds Albert. Ces baraques sont facturées 14.000 francs alors que le prix moyen d’une habitation sociale en dur est de 20.000 FB. Le bourgmestre de Herstal à cette époque se débrouille pour en installer un peu partout où il peut dénicher des terrains. Un siècle plus tard, des dizaines de ces baraques sont toujours habitées. Et ce n’est pas parce qu’elles étaient particulièrement solides…
Rue Pied du Bois Gilles il y avait les burs "de Grise Pierre » et le "bur aux Corbeaux"" (exploités en 1786 par la société de Bon Espoir), « Moulin Radoux », "Nanoux et Nicolas Wattar", "Tirleau", "Lagnot" et « Lambert Gaspar ». Tous ces puits furent repris dans la Petite Bacnure dont la paire allait de la rue Pied du Bois Gilles à la rue Verte. Sur cette paire, le charbonnage entreposait les tas de charbons destinés à la vente et les bois destinès au boisage des galeries. La grille d'entrée était au n° 60 de la rue Verte. Le charbonnage de la Petite Bacnure, succédant à Bon Espoir, transféra ensuite la paire à proximité de ses bâtiments situés rue Charlemagne.
Au bout de la rue du Bois Gilles, la gare de La Préalle, aujourd’hui supprimée. Le chemin de fer Liégeois-Limbourgeois privé fut construit en 1863. Les emplacements des gares de Milmort, de la Préalle et de Herstal avaient été choisis en fonction des charbonnages des Boules, de de la Petite Bacnure et de Belle Vue. Ce train amenait beaucoup de mineurs flamands. Par exemple, sur les 550 ouvriers mineurs que comptait le charbonnage de Milmort en 1940, 358, soit 65 %, étaient d'origine flamande. D’autres navetteurs flamands utilisaient aussi la ligne 76.
Le Pied du Bois Gilles est un terrain communal. On y aménage un terrain pour accueillir les forains expulsés du quai de l’Abattoir en raison de la construction du nouveau hall omnisports. Dès qu’il ne subsistera plus que 12 familles sur ledit terrain, cette mise à disposition prendra fin. 25 parcelles d’une superficie de 168 m² seront aménagées avec une aire de parking pour les véhicules forains. Le loyer est fixé à 200 EUR par mois. Le terrain n’accueillera pas de gens du voyage.
Le passage dans la rue Pied du Bois Gilles n’est pas en bon état, et, si on laisse faire Infrabel, deviendra cul de sac : le passage à niveau rue de la Baume deviendra un passage sous voie pour les piétons et les cyclistes.
Une Baume est, en vocabulaire houiller, une galerie creusée au pied d'une colline ou d'un thier afin d'exploiter une veine de charbon y affleurant.
Rue de la Buse: l'eau de l'araine.
Cette rue doit son appellation à une fontaine muni d'une buse. Cette eau proviendrait d'une xhorre ou d'une araine de charbonnage. L'eau captée par les araines était souvent utilisée comme eau potable par la population.
De la rue Verte à la rue du Bouxthay via le sentier de Vottem ou sentier de la Préalle.
A la jonction des sentiers de Vottem et de La Préalle, le sentier croise le sentier de la rue Campagne de Rogivaux. Du coté de la rue Lucien Colson on peut rejoindre par des sentiers les quartiers de Bernalmont et de Coronmeuse, tandis que du coté de la rue de l’Aunaye on arrive à Vottem par les sentiers Muraille et Marnette. Ce tronçon avait été interdit d’accès par le propriétaire de l’unique maison située à mi-parcours de ce tronçon. Or depuis quelques mois, à la faveur d’un changement de propriétaire, ce tronçon a été rétabli. Il suffirait que le fermier rétablisse le passage dans la cloture à hauteur de la jonction pour que ce tronçon soit de nouveau accessible.
Le sentier de Vottem débouche sur la rue du Bouxthay. Nous descendons sur une centaine de mètres la rue des Meuniers pour rejoindre la rue des Houillères via la liaison Ravel Meuse – Ravel Liers. Cet itinéraire de liaison va de Liers à Coronmeuse ( pont Atlas). Il emprunte à Vottem une autre ligne vicinale, passe à côté de la chapelle du Bouxthay, du terril de la Petite Bacnure et du golf de Bernalmont avant de rejoindre le Ravel 1 en bord de Meuse. L’aménagement a coûté 300.000 euros.
La chapelle de Bouxthay date du milieu du XIV°. Ce paysage est pour les experts qui ont travaillé sur le Schéma de Structure Communal le plus beau paysage de Herstal.
Le Bouxthay était reconnu comme terre à houille dès le XVe siècle.Un " bouxthay " est un puits souterrain creusé perpendiculairement depuis une galerie jusqu'à une autre.
La disparition du Château du Bouxthay mériterait une étude un peu plus approfondie. En 1897 le chanoine Léon Dubois présente une étude sur le Bouxthay. Il y retrouve encore « un château en majeure partie du XVII°, une vaste ferme et une chapelle». Il situe la fondation de la chapelle en 1359. Le château a été la propriété de grandes familles liégeoises, comme Lambert de Werteau, bourgmestre de Liège de 1608 à 1619 et comparchonnier. Son beau père Wathieu de Saulcy, était seigneur d’Oupeye, d’Aaz et de Vivegnis. Notre chanoine repère encore un banc de communion avec la croix de l’Ordre Teutonique et les armes du Révérend Jacques Frissen, archiprêtre capitulaire et curé des églises de Saint André et de Saint Gangulphe. L’ archiprêtre était une des plus hautes personnalités dans la Principauté.
Après la Révolution, Léonard Croisier, bourgmestre de Vottem (1800 - 1808) a racheté le Bouxthay. Un avoué licencié, M. Collin, lui succède. C'est à sa fille, Mme Brognard-Collin, que l'on doit la conservation de la chapelle. Vers 1897 c’est son arrière petit-fils, toujours prêt à fournir gracieusement des renseignements, qui aide notre chanoine Léon Dubois. ‘Il nourrit et exprime la ferme volonté de conserver et d'entretenir soigneusement l’antique chapelle’.
Et puis, patatras. C’est la déglingue. La famille vend et le château tombe dans les mains d’un certain Antoine Milliau, « coutumier de réceptions , qui contribua, soit par négligence, soit par inconscience, à la ruine du domaine ». Comme si cela ne suffit pas, la Meuse du 2/11/1898 décrit comment la servante du châtelain Milliau décharge un revolver à bout portant sur la fille de la fermière.
Nous avons retrouvé ces infos dans le livre « Chez nous à Vottem » qui reprend quelques belles photos du Château du Bouxthay. L’auteur a même retrouvé la cheminée de la salle à manger du château (vendu en 1900) place de la Vaillance 17 à Anderlecht. Ce qui nous laisse supposer que les bâtiments ont été vendus et démontés à cette époque.
Il a fallu le Ravel Meuse – Liers pour réveiller cette riche histoire, construite sur une montagne de charbon et la sueur de générations de « houilleux ».
La dénomination de cette rue date du commencement de l'exploitation houillère. Elle est due à l'existence du bur ‘delle Banse’ (de la Manne), parce qu'on y débitait la houille par manne. Dans la campagne de la Banse le charbon affleurait en si grande abondance qu'elle fut pendant longtemps désignée par l'expression "montagne de charbon". Il y avait aussi les burs "les Belles Dames" (1686) et "de Bouck de l'Avaleresse" (1698). Une avaleresse est le nom donné à une fosse pendant qu'on la creuse.
Ce terril fut chargé du début du XXème siècle jusqu'en 1971. Il a 83 mètres de haut, un volume de 3.231.000 m3, et une masse de 5.600.000 tonnes, il occupe une surface de 106.000 m2. C’est un terril en combustion, et entre autres pour ça l'un des plus complets de la région liégeoise au point de vue botanique.
Le 1 avril 1999, une partie s'effondre. Une langue de schiste houiller obstrue pendant 10 ans la rue. La cause principale est le tassement de la matière suite à la combustion. Mon ami Jean Nyssen, ancien postier et aujourd’hui prof à Gand, a travaillé sur l’érosion de ce terril.
L'usage régulier de la houille, dénommée aussi charbon de terre par opposition au charbon de bois, remonte pour Herstal à 1325, quand l'hôpital St Mathieu à la Chaîne, propriétaire de la ferme de La Préalle, donnait au chevalier Hubert de Bernalmont l'exploitation de la grande veine de Sept Pieds de Bernalmont contre redevance d'un panier sur cinq ou d'un panier sur sept, suivant que l'exploitation du charbon était faite au-dessus ou en dessous du niveau de la nappe phréatique. Le bur Gurdule (cité en 1426), le bur Cheval, le bur delle Garde de Dieu (1693), les deux burs des Innocents (1748), le bur Froment (1765) et le bur des Pucelles (1770) situés à Bernalmont furent repris dans la concession de la Grande Bacnure.
Le bur Gurgule était situé près du chemin allant de Bernalmont au Bouxthay. C’est là qu’on a retrouvé en 1426, le cadavre du chanoine Lambert Dathin, fils d'un tribun populaire, assassiné à coup de marteau par Jean de Bernalmont. Les Dathin étaient affiliés au Bon Métier des Houilleurs, qui, « quant ilh sont tous assembleis, ilh sont bien seize cens ou dois mille hommes, ayant voix et portant les armes».
L'église paroissiale de La Préalle avec la bannière de St Léonard
La bannière de St Léonard, saint patron des mineurs, porte l'inscription Préalle - 1864 - "All wade di Dieu "- (A la garde de Dieu). Toutefois, c'est la Ste Barbe qui était fêtée par les houilleurs. Le charbonnage de la Grande Bacnure faisait célébrer en l'église de La Préalle une messe solennelle, facturée 1000 F (en 1963) par le curé au charbonnage. Le Directeur-Gérant mettait un billet de 100 F. à la collecte, le lendemain il s'empressait de se les faire rembourser par la comptabilité du Charbonnage.
Le cercle ouvrier St-Joseph, précurseur de l'actuel centre culturel, fut créé fin du siècle dernier par le clergé de l'époque gagné aux idées de la démocratie chrétienne et de l'encyclique papale Rerum Novarum.
Cinq grandes sociétés charbonnières occupèrent le sous-sol de l'entité herstalienne : Bonne Espérance , Abhooz et Bonne Foi-Hareng, la Grande Bacnure, la Petite Bacnure, et Belle Vue-Bien Venue.
C’est au café de la Petite Bacnure que se termine notre balade.