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Voici la transcription du texte:
Ce nom dont on trouve de nombreuses variantes (Busseteal, Bosseteal, Bouxtheal, Boxtheal, Bouxtheaux, etc.) était autrefois, paraît-il, synonyme de bosquet. Depuis six siècles au moins, il est donné à un hameau dépendant de la commune de Vottem et dont une chapelle du moyen âge et un château du XVI I° siècle avec sa vaste ferme, font tout l'intérêt.
Cette chapelle, fondée en 1359, a cependant, si l’on fait abstraction des redents trilobés qui se remarquent aux fenêtres, toutes les allures d'un édifice du XIII° siècle et rappelle en maints détails l’église Saint-Christophe de Liège (1242). L'orateur en conclut que le développement du style ogival s'est opéré, dans les constructions religieuses moindres de la campagne, plus lentement que dans les églises urbaines. Ce fait est rendu évident par la comparaison de cette chapelle avec l’église contemporaine de Sainte-Croix de Liège (1343).
Très modeste dans ses proportions (9 mètres de largeur sur 11 mètres de longueur), le sanctuaire du Bouxthay mérite toutefois l'attention de l'archéologue. Son portail muré, dont l'archivolte à ogive gracieuse qui s'épand en gorge profonde, le linteau en larmier, orné au centre d'un cul-de-lampe i feuilles d'eau et le tympan avec traces du scellement qui y fixait jadis un calvaire, font un type du genre, à imiter dans les petites églises ou chapelles.
Il faut remarquer, en outre, la large fenêtre du chevet plat du chœur, divisée par trois travées à lancettes et, plus encore, les deux fenêtres percées dans le mur du côté sud : par un caprice original, l'architecte leur a donné des archivoltes triangulaires ou en pignon. Un cintrage de pierres appareillées affectant une telle forme est, peut-être, sans autre exemple en Belgique.
La disposition certainement primitive de la tourelle au centre d’une toiture qui se rabat fortement à ses deux extrémités, se rencontre très rarement dans les combles des édifices du moyen âge.
L’enceinte intérieure du petit sanctuaire est désolée et presque vide. L’ancien plafond, en disparaissant, a laissé visible l’antique charpente. Indépendamment d'un banc de communion armorié et d'un retable, l'un et l'autre du style Louis XIV, il importe de signaler la table d'autel primitive et, dans le mur, du côté de l'épître, une piscine géminée dont une des niches est munie d'une double cuvette ; l'autre servait d'armoire à serrer le vin, les burettes, etc.
Les bâtiments du château et de la ferme qui s'élèvent à quelques pas en contrebas de la chapelle, sont d'époques diverses : la grange et le haut mur percé d'une porte cochère ont été reconstruits en 1838 ; le corps de logis du côté sud, peut dater de la fin du siècle passé; la tour carrée contiguë à ce corps de logis a été construite par Lambert de Werteau, qui fut bourgmestre de Liège de 1608 à 1619. Ses armes, avec celles de sa femme Marie de Saulcy, figurent à la façade de cette tour. Entre celle ci et le haut-volet de l'aile orientale existe une grande porte murée, sur le linteau de laquelle apparaît l’écu d'Oupeye, dont Wathieu de Saulcy, beau-père de Werteau, était seigneur. De là les lettres E. L. D. S. qui se lisent sur une banderole au-dessus de l’écu. Occupant le Bouxthay avant les de Werteau, les de Saulcy ont fait construire toute la partie du château qui se trouve à l’est de la tour, durant la seconde moitié du XVII° siècle. Cette époque est clairement accusée par plusieurs détails de la construction, notamment au haut-volet du côté nord.
A l'intérieur du château, rien de remarquable depuis la regrettable disparition d'une gigantesque cheminée à cariatides, de style Louis XIII, avec les armes de Werteau-Saulcy et, dans un grand cartouche, la devise : Sapiens domi ambitur astris. Ce morceau de riche renaissance est aujourd'hui dans les collections d'un amateur bruxellois.
L'orateur regrette de n'avoir que peu de renseignements historiques à donner sur la chapelle et le manoir qu'il vient de décrire ; certaines circonstances qui ne tarderont pas à être modifiées,
l'ayant empêché de puiser à la principale source de documents.
Un extrait des archives de l'hôpital Saint-Jean à Liège, donné dans les Tables de Lefort et obligeamment signalé par M. Th. Gobert, lui a appris qu'en 1344, les demoiselles Idulle, Jehenne et Enguienne, filles du seigneur de Vottem, avaient laissé sept muids de spelte avec plusieurs héritages et biens d’une valeur de cent et vingt muids et d'une étendue de sept bonniers, situés au lieu dit Bouxtheal, pour fonder un monastère de filles de l'Ordre de Sainte-Claire. Lesquels biens, ayant été dissipés et en partie usurpés par les parents des dites filles, ont été trouvés insuffisants pour la dite fondation. C’est pourquoi, en vertu d'une clause de leur testament, Son Altesse Sérénissime Englebert de la Marck, a transporté, hors de ces biens, aux Pères Chartreux quarante muids; à l'hôpital Saint-Jean- Baptiste quarante muids pour entretenir une chapelle où seraient dites perpétuellement des messes et des prières pour le repos des âmes des testatrices et de leurs ascendants, et enfin quarante muids aux parents des dites demoiselles.
Les biens ci-dessus ayant été donnés en héritage par proclamation au plus offrant l'an ???? ont été obtenus par le chevalier Jean Boliawe (ou Boileau) de Mons, lequel donna 1000 livres tournois pour la construction de la chapelle.
L'an 1413, le mayeur et les échevins de Liège, les mambours de l'hôpital Saint-Abraham et Don Bernard, prieur, au nom des Frères Chartreux, firent un rendage proclamatoire des biens du Bouxthay, en faveur de damoiselle Marie, fille de messire Jehan de Bernamont, comme plus offrante.
Les autres occupants du Bouxthay jusqu'à la Révolution française sont inconnus, sauf Wathieu de Saulcy, seigneur d'Oupeye, vers 1575 et son gendre Lambert de Werteau, vers 1609. Mais l'orateur a tout lieu d'espérer que, moyennant des recherches faite dans les archives de l'hôpital Saint- Abraham et dans le Cartulaire des Chartreux de Liège, qui existe à la bibliothèque de la cathédrale de Trêves, il parviendra à compléter à peu près la liste de ces occupants.
Après la Révolution, le citoyen Croisier de Vottem a racheté le Bouxthay. M. Collin, avoué licencié, lui a succédé et a transmis l'immeuble à sa fille, Mme Brognard-Collin. C'est à cette pieuse dame que l'on doit la conservation de l'intéressante chapelle à laquelle elle tenait beaucoup. Le culte divin y a, du reste, été rétabli et exercé durant assez longtemps : un des vicaires de Sainte- Foy y célébrait encore la messe, tous les dimanches, il y a une cinquantaine d'années.
Aujourd'hui, le petit-fils de Mme Brognard-Collin est propriétaire du Bouxthay. Toujours prêt à fournir gracieusement des renseignements et même des photographies locales aux explorateurs de son domaine, il nourrit et exprime la ferme volonté de conserver et d'entretenir soigneusement l’antique chapelle.
L'hôpital Saint- Jean-Baptiste ou Saint- Abraham dont les tenants étaient patrons de la chapelle et des biens du Bouxthay, fondé en 1215 par Jean Gavor, cordonnier liégeois, vit dans la suite ses revenus s'accroître au point qu'en 1637 on le proclamait, à Liège, l'hôpital le plus célèbre de tous. Il ne faut pas confondre cet hôpital Saint-Abraham avec le béguinage du même nom, situé jadis prés des cloîtres Saint-Jean-l'Evangéliste et dont la façade était à la rue de la Casquette, en face de la rue des Célestines.
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