« Des pierres et des lettres » : Eugène Savitzkaya

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Les Journées du patrimoine 2011 proposaient comme thème « Des pierres et des lettres » : pas besoin de chercher midi à quatorze heures quand on est comme La Braise situé sur l’esplanade Saint Léonard. Devant notre porte, gravé dans un bandeau d’inox, les lettres d’un poëme de Savitzkaya qui évoque les remparts, les charbonnages, les luttes et la multiculturalité.

Eugène Savitzkaya : « Oui, on a écrit cette phrase pour les Liégeois, en suivant l'ancienne muraille. C'était un peu une utopie. Dix ans après, ça a fini par se faire, grâce à un concours, et par une sorte d'heureux effet du hasard. Ce qui est beau sur cette place, c'est qu'elle est vide. De l'air et du dégagement. Il faut ménager de tels espaces si l'on veut que les gens se côtoient, vivent ensemble. Ca évite le racisme".
Vous avez écrit : « Liège où je me suis bel et bien embourbé »
« Séjournant à l'étranger ou à Bruxelles, je suis toujours revenu à Liège. C'est une ville que j'ai appris à connaître à travers sols et sous-sols, en la parcourant à pied, dans tous les sens. Je l'ai quasiment cartographiée mentalement. Je faisais des promenades comme pour recoudre ses parties déchirées, depuis ces saignées autoroutières abominables, Burenville, la trémie Ste-Marie. Mon quartier, Agimont-Sainte-Marguerite, est riche de populations de toutes origines, et c'est fabuleux. On y parle russe, polonais, géorgien, tchétchène, une Nigérienne prépare des bananes Plantin au bout de la rue... »

 

Pour les Journées du patrimoine, Rosario Marmol a organisé une performance théâtrale autour de ce poëme. C’est une démarche de se réapproprier artistiquement l'espace public. Et c’est aussi un quelque sorte une première : suite à une panne de sono lors de l’inauguration en 2003 ce poème n’avait pas encore été lu sur l’esplanade. Voici une partie du texte, transcrit sur place. Je ne garantis pas les ponctuations et autres détails, même s’il n’y en a pas énormément :

« Crête de poule ergot de coq arrête de siilure pluie soleil vents sable chaux main cœur pied sur le dur, sur le tendre, sur le sec et sur le mouillé, sur la terra à charbon et sur la terre à vigne, sur les branches de l’orme et du marronnier,sur la vase de la Meuse, sur limon du fond de la darse, sur la cendre, sur la poussière de fonte, sur le poussier et la poudre à canons, sur les chaines, les barreaux et les cent mille briques, sur la dolomite et la calcite et vers le bois lumineux partagé d’un rempart. (ici il manque une plaque) Contre la mort qui rôde depuis toujours, depuis le dit Charles le soi-disant téméraire incendiaire de Bourgogne et contre les bandits de tous bords, les hommes à tête de sanglier, les sorcières de la malepoix, poisse, malédiction et injure. Mais aux mères de toutes les tribus des mers, des lacs, des plaines, des cimes et des forêts, à leur persistance bénéfique, à leurs filles et à leurs fils portant la tête sur leurs épaules et dénouant leurs mains habiles, il n’y a que de poison sur cette terre il n’y a de monstres nulle pârt, il n’y a de beauté qu’à l’œuvre, voyez le ciel et allez comme vous voulez sur le fil de l’ancienne muraille de la ville étendue à tous ses habitants morts, vivants et à venir, orfèvres, vignerons, retondeurs de façades, liégeois des collines et des prairies,émigrants de toujours et nouveaux migrants, les asturiens, libanais et libanaises, les monténégrins, les andalous, grecs du détroit de messine de la crète et de la macédoine, anciens yougoslaves de la Croatie, les portugaises les polonaises juifs de Biélorussie et de partout, Marocains du nord et du sud, Bosniaques de Sérajevo, Camerounais, congolais et congolaises, Turces de l’Anatolie d’ankara d’istamboul et d’ailleurs. Les italiens, les napolitaiones et les siciliennes, Albanaises de Milan, africains du bord du Niger, enfants de la corne d’abondance et du grand navire terraqué etc. »
 

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