13/1/2010 15h30 Robert Halleux L’habitat ouvrier àpd 1930

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Le mercredi 13 janvier 2010 à 15h30
L’habitat ouvrier au deuxième moitié du XX° siècle par Robert Halleux, directeur de recherches FNRS et académicien.
Dans le cadre du cycle "Des usines, des maisons et des hommes" Chaque 3ème mercredi du mois, à 15h30, PAF 1€

1935 : création de la Société nationale de la Petite Propriété terrienne.
En 1984 : suite à la régionalisation, création de la Société wallonne du Logement qui gère 100.000 logements en Wallonie, répartis en quelque 800 cités. Voilà en quelques lignes l’histoire de l’habitation ouvrière que parcourra avec nous le professeur Robert Halleux.

Le texte suivant n’a pas été rédigé en concertation avec Robert. C’est une contribution personnelle de Hubert Hedebouw pour le blog de la Braise. Notre seule ambition avec ce texte est de vous aiguiser un peu l’appétit pour le cycle de Robert Halleux.

L’habitat social des années 30 : un bilan maigre

Des congrès internationaux d'architecture moderne des années 30, sort la Charte d’Athènes qui est devenu l’évangile pour des décennies. Cette Charte est restée à l’état de projet dans les années 30, entre autres parce que la crise freinait tout projet majeur. Le bilan global de la construction de l’habitat social des années 30 est maigre : selon les statistiques des Sociétés Immobilières de Service Public, 1276 logements seulement sont produits annuellement en Belgique entre ‘31 et ‘40.
Cela me semble fort peu. Dans la région liégeoise notamment je vois pas mal de Cités qui remontent à cette période. Une des réalisations de qualité est le quartier des Vennes. Le groupe l’EQUERRE supervise en 1937 l’aménagement du plateau des Trixhes à Flémalle. Les premières maisons de la Cité de Rhées, où j’habite, datent de cette période. Et à Vottem la Cité des Gascogniers est commencé en 1932, ainsi que ‘le camp de Beverloo’ rue des Colombiers, autrement dit la petite cité Le Pireux.
En ne tenant compte que des maisons locatives, nous sommes évidemment très (trop) sévères par rapport à la politique belge de logement, dont l’objectif premier a été depuis le début l’acquisition. Nous devrions donc y inclure les dizaines de milliers de maisons construites avec l’aide des SHBM et de la CGER.

La Communauté du Charbon et de l’Acier et l’habitat

Les protagonistes des Ciam sont hors coup pour les reconstructions qui suivent la deuxième guerre mondiale. La ‘bataille du charbon’ augmente la crise du logement aggravée par la guerre. En 1946, un protocole d'accord entre Bruxelles et Rome aboutit à l'arrivée, dans nos régions, de nombreux travailleurs italiens, dans le cadre d'un programme intitulé «des hommes contre du charbon ». Ces mineurs sont d’abord ‘logés’ dans les baraques des camps de prisonniers de guerre.
camp italiensÀ Saint-Nicolas par exemple des baraquements sont construits sur le site du Bonnet, houillère fermée depuis 1930, pour loger les mineurs immigrés qui travaillent dans le charbonnage du Gosson à Montegnée.
Mais très vite les patrons se rendent compte que ce n’est pas bon pour la productivité ; et l’opinion publique s’émeut. La Communauté du Charbon et de l’Acier (CECA) impose des logements convenables pour les ouvriers immigrés. Dans un premier temps les patrons charbonniers essayent de régler le problème en expulsant les veuves et invalides qui habitent les cités appartenant aux charbonnages.
La C.E.C.A. lance des programmes de logements ouvriers. « Les objectifs sont de remplacer les baraquements et logements de fortune, de faciliter la réinstallation des mineurs, de remédier à la pénurie de logements qui subsiste pour des raisons sociales, par exemple pour des travailleurs éloignés de leur travail ou séparés de leur famille ». Au 1er janvier 1961, les programmes en cours portaient sur 51 783 logements dont 34 946 étaient terminés (Communauté européenne. Avril - Mai 1961, n° 4-5; 5e année, p. 2).
Un aspect de ces programmes est l’encouragement de systèmes préfab. Une centaine de maisons dans la cité Tribouillet (Thier à Liège) ont été construites selon le système Thirifay. On retrouve d’ailleurs des maisons de ce type dans plusieurs cités.
Logement social 1962A ce niveau, une anecdote d’un projet mort-né. L’architecte Willy Van Der Meeren développe, en 1954, "la maison CECA" à la demande du ministre du Travail de l'époque, Edmond Leburton. Il s'agissait de fournir une vraie maison à prix très réduit aux mineurs. La maison CECA ne coûtait pas plus de 125000 F à l'époque, ou 250000 F terrain compris. Elle était d'un cube de 7 m de côté, avec des pièces inondées de lumière, un escalier futuriste et des meubles de Van Der Meeren. Les prototypes furent présentés aux foires internationales de Liège et de Charleroi avec un grand succès : 4500 amateurs s'inscrivirent. Mais la société nationale du logement refusa d'accorder son autorisation pour produire cette habitation "minimale" en grande série. Il n'y eut finalement que 8 maisons CECA. Van Der Meeren paye de sa personne : une de ces maisons fut occupée par la famille de Willy Van Der Meeren à Tervuren.

1951-1970 6000 logements par année

A l’occasion de l’Expo 58 un prestigieux projet de logement, la Cité modèle, est réalisé par un collectif autour de Renaat Braem. Mais, exactement comme avec les cités jardins, la partie collective n’est jamais réalisée et le projet ne fait pas d’émules.

Pour autant qu’on peut se fier au Tableau sur la constitution du patrimoine des SISP - Sociétés Immobilières de Service Public - on atteint 6000 maisons par année, entre 1951 et 1970. Ce chiffre est même doublé entre 71 et 80.
années Nombre de logements produits
1951-1960 6039
1961-1970 6205
1971-1980 11203
1981-1990 2405
La Loi BRUNFAUT (PS) facilite la construction de grands ensembles. Des logements sociaux sont construits jusqu’en 1985, sans magasins au rez de chaussée et parfois même sans rez de chaussée. « Construit début des années 60, sur un site jusqu'alors vierge, la Plaine de Droixhe était un modèle, unique en Belgique, de construction d'habitations. Ce paradis dernier cri comprenait un ensemble d'immeubles, avec toutes les commodités, des parcs et des infrastructures publiques de premier plan. Il sera complété dans les années 70 par la série d'immeubles, rue de la Croix-Rouge. C'était le quartier rêvé à entendre les anciens du quartier ».
Aujourd’hui une rénovation a commencée. Mais quel bilan a-t-on fait de cette expérience ?
En 1970, toutes les législations relatives au logement social seront coordonnées en un texte unique : le Code du Logement.

La régionalisation

La crise de 1975 sonne la fin de ces programmes ambitieux. On retombe à 2405 réalisations entre 81 et 1990. Cela coïncide avec la régionalisation. En 1974 le logement devient matière régionale. 1984 voit la création de la Société wallonne du Logement en remplacement de la Société nationale du Logement et de la Société nationale.
Durant les années 80 à 91, on n’investit plus dans le logement public.
Cyrille CRAPPE, Secrétaire général honoraire de l'Institut national du Logement, fait en 1987 le bilan suivant: «en Wallonie, la moitié des logements souffrent d'insalubrité ou de défauts graves. On est passé de 20.000 logements construits annuellement en Wallonie il y a 10 ans, à 5.000 actuellement. L'amélioration des logements insalubres et des logements notoirement insuffisants est très nettement inférieure aux besoins. Les activités relatives aux logements sociaux sont pratiquement nulles en Wallonie, aussi bien pour l'amélioration que pour la construction. La démolition et la désaffection de logements insalubres non améliorables s'opèrent au compte-gouttes. En conclusion, la politique actuelle se solde par un échec flagrant».
Les réformes de 1979 et 1983, qui rendent les loyers tributaires des revenus des occupants, paupérisent les sociétés de construction d’une région en crise économique. En 1995, lors de leur 75e anniversaire, les trois sociétés sérésiennes constatent que les logements sociaux sont occupés par 50% de pensionnés et pré-pensionnés et par 25 à 30 % d’assistés sociaux.
Le Gouvernement régional wallon crée la Société Régionale Wallonne du Logement, renommée SWL en 1999.
Fin 2003 la situation est la suivante: 74 % des Belges sont propriétaires de leur logement, contre 65 % en 1996. Le patrimoine social locatif en Wallonie, qui compte 102 000 unités, recèle des « déficiences techniques importantes » dans quelque 35 874 logements, soit plus de 35 % de l'ensemble. En 2000, dans un rapport, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies s'inquiétait «de la pénurie considérable de logements sociaux en Belgique». En quatre ans, la Flandre a investi 670 millions d'euros dans le logement social, la Région wallonne y a consacré 173 millions d'euros et la Région bruxelloise 200 millions d'euros pour rénover environ 17 000 logements sociaux. Le ministre wallon du Logement Michel Daerden (PS), permet à la SWL de réaliser un emprunt auprès de la Banque européenne d'investissement, sous la garantie de la Région, destiné à financer un programme exceptionnel visant à la sécurisation et à la salubrité de ce parc locatif. Cette somme permettra de remettre en état plus de 35.000 logements.
Fin 2009, selon L'Echo, 30.000 familles wallonnes sont inscrites sur les listes d'attente. Si le Plan Marshall 2.Vert réserve quelque 325 millions d'euros pour sa rénovation, le logement social accuserait une dette courant jusqu'en 2054.
Ce bilan m’amène à clôturer ce blog avec un grand point d’interrogation. La régionalisation du logement : tout ça pour ça ?

 

 

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