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Au 19° siècle, l’habitat social typique, c’est l’impasse. On dit aussi l’allée, la ruelle, la cour ou le carré.
Des petits rentiers, des commerçants, des artisans, mais aussi des patrons d’usine, des magistrats, des aristocrates, et même des ouvriers propriétaires, se chargent de répondre à la demande en construisant quelques maisonnettes dans leurs cours ou dans leurs jardins. Ils le font dans un esprit de lucre, pour s’assurer des re
ntrées d’argent, louant parfois ces habitations à la chambre ou au lit.
En 1846 40% des ménages liégeois ne disposaient que d'une seule pièce. Le nombre moyen d'habitants par maison atteint 8,03 personnes à Liège. En 1908 Ernest MAHAIM publie une « Enquête sur la situation hygiénique des habitations ouvrières dans la commune de Herstal ». La législation pour l’amélioration de l’habitat ouvrier suit très exactement le rythme d’apparition des épidémies de choléra en Belgique (1832, 1848, 1853, 1866).
Friedrich Engels dénonce cette situation dans « La question du logement » de 1872. Quelques extraits : «Les classes opprimées ont toujours dû faire face au problème de logements misérables. Aujourd’hui, avec le développement industriel dans les grandes villes, on assiste à une aggravation particulière des mauvaises conditions d’habitation des travailleurs par suite du brusque afflux de la population vers les grandes villes; à une énorme augmentation des loyers ; à un entassement encore accru de locataires et
pour quelques-uns l’impossibilité de trouver même à se loger. Et si cette crise du logement fait tant parler d’elle, c’est parce qu’elle touche également la petite bourgeoisie
Les sciences naturelles modernes ont prouvé que les " vilains quartiers ", où s'entassent les travailleurs, constituent les foyers de toutes les épidémies qui périodiquement éprouvent nos cités. Les germes du choléra, du typhus, de la fièvre typhoïde, de la variole et autres maladies dévastatrices se répandent dans l'air pestilentiel et les eaux polluées de ces quartiers ouvriers; ils provoquent des épidémies, qui alors se propagent au-delà de leurs foyers jusque dans !es quartiers plus aérés et plus sains, habités par MM. les capitalistes. Ceux-ci ne peuvent impunément se permettre de favoriser dans la classe ouvrière des épidémies dont ils subiraient les conséquences; l'ange exterminateur sévit parmi eux avec aussi peu de ménagements que chez les travailleurs.
Dès que cette constatation eut été établie scientifiquement les bourgeois philanthropes s'enflammèrent d'une noble émulation pour la santé de leurs ouvriers. On examina les conditions d'habitation des travailleurs et l'on tenta de remédier aux maux les plus criants. On nomma des commissions gouvernementales pour examiner les conditions sanitaires de la classe laborieuse; leurs rapports se distinguent honorablement, par leur documentation exacte, complète et impartiale; ils servirent de base à des lois nouvelles qui intervinrent avec plus ou moins d'énergie. Malgré cela, l'ordre social capitaliste engendre sans cesse et d'une façon si inéluctable les maux qu'il s'agit de guérir que, même en Angleterre, la situation s'est à peine améliorée".
Engels conclut :
« Une société ne peut exister sans crise du logement lorsque la grande masse des travailleurs ne dispose exclusivement que de son salaire; lorsque sans cesse de nouvelles améliorations mécaniques, etc., retirent leur travail à des masses d'ouvriers; lorsque des crises industrielles violentes et cycliques déterminent, d'une part, l'existence d'une forte armée de réserve de chômeurs et, d'autre part, jette momentanément à la rue la grande masse des travailleurs; lorsque ceux-ci sont entassés dans les grandes villes et cela à un rythme plus rapide que celui de la construction des logements dans les circonstances actuelles et que pour les plus ignobles taudis il se trouve toujours des locataires; lorsqu' enfin, le propriétaire d'une maison, en sa qualité de capitaliste, a non seulement le droit mais aussi dans une certaine mesure; grâce à la concurrence, le devoir de tirer de sa maison, sans scrupules, les loyers les plus élevés. Dans une telle société, la crise du logement n'est pas un hasard, c'est une institution nécessaire; elle ne peut être éliminée ainsi que ses répercussions sur la santé, etc., que si l'ordre social tout entier dont elle découle est transformé de fond en comble ».
Dans le canton de Seraing, le Dr Peetermans signale l’insalubrité des habitations
”Tel, dit-il, qui était en habit noir à la messe du dimanche, se couche le soir sur un grabat de paille pour ainsi dire pourrie, dont les couvertures sont d’une saleté repoussante ; et, pour comble d’inconvénient, ce misérable grabat est d’ordinaire resserré dans une alcôve qu’on tient hermétiquement fermée. Le berceau de l’enfant à la mamelle, la couchette de l’enfant qui court ainsi que celle de l’adolescent offrent le même défaut de propreté, dont certes on a lieu de redouter les effets malfaisants… II existe chez nous des sortes de casernes plus défectueuses encore que les habitations particulières; je pourrais en citer qui sont souterraines, où la ventilation fait défaut, où les rayons solaires pénètrent à peine, où l’entassement des familles est considérable, et où, pour comble de malheur, les soins de propreté générale sont oubliés d’une manière aussi honteuse que funeste. Aussi est-ce sur ces lieux insalubres, sur ces repaires infects, que les maladies épidémiques s’abattent comme l’oiseau de proie plonge sur sa victime. Le choléra nous l’a démontré, la grippe nous en a rappelé le souvenir, et peut-être le typhus nous donnera-t-il un de ces jours un troisième exemple. Alors il sera trop tard pour remédier aux causes déterminantes qui, dès aujourd’hui, devraient être efficacement combattues par l’institution de comités cantonaux de salubrité publique, dont j’ai déjà ailleurs proposé l’organisation et démontré l’utilité“. (Enquête sur la condition des classes ouvrières et sur le travail des enfants, Ministère de l’intérieur, Belgique, 1846)
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