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Le dimanche 14 juin Dubrunfaut renoue avec une autre tradition : la tapisserie de son pays de jeunesse, les gobelins flamands. Dans la cathédrale de Tournai, il découvre une antique tapisserie qui dit la vie des saints Piat et Eleuthère. Elle a 500 ans. Au XVème siècle, les ateliers de Tournai s'imposent par la qualité de leur production. Il relance cette technique disparu, et crée dans les années 40 sa propre coopérartive de tissage. « La tapisserie a été le compagnon le plus quotidien de l’homme».
plus d’info : http://www.ihoes.be/Forces_murales_Art_manifeste/index.php
Edmond Dubrunfaut a mis ses talents plastiques au profit de son engagement. Ses œuvres (tapisseries, peintures, dessins, aquarelles, céramiques...) mettent en scène le monde du travail (la mine, le travail de la terre...) sans fermer les yeux sur ses travers (il est l’un des rares artistes à aborder la question du chômage et des accidents de travail) et dénoncent la barbarie de la guerre. Son engagement le pousse à rendre l’art accessible à tous. En 2003 et en 2006, Edmond Dubrunfaut a fait don à l’Institut d’une série de dessins, de lithographies, d’aquarelles, de cartons de tapisserie et de peintures créées entre 1945 et 1999. Il s’agit de plus de 330 œuvres de l’artiste ou du mouvement Forces Murales. Depuis plusieurs années, l’IHOES travaillait avec Edmond Dubrunfaut sur un projet d’exposition autour de Forces murales. Le hasard a voulu que de manière concomitante à l’annonce du décès de l’artiste, ce projet a connu des avancées concrètes significatives.
En 1947, un manifeste, signé par Louis Deltour, Edmond Dubrunfaut et Roger Somville, définit les bases du mouvement Forces murales. Voulant se départir de l’art académique, sans toutefois aller vers les « spéculations esthétiques gratuites », ces artistes aspirent à développer un art moderne
orienté vers le public. Pour ce faire, le groupe choisit de remettre à l’honneur les pratiques artistiques à portée collective (tapisserie, vitrail, peinture monumentale ou céramique murale) et de relier l’art plastique à la création architecturale. L’objectif visé par Forces murales est de remettre l’art à la portée de tous en y « exaltant la vie et le travail des hommes, leurs luttes, leurs souffrances, leurs joies, leurs victoires et leurs espoirs ». L’art de Forces murales s’énonce essentiellement entre 1947 et 1959, s’achevant par la création de deux grandes oeuvres peintes destinées au réfectoire de Ford Motor à Anvers. Les oeuvres du groupe Forces murales décoreront des bâtiments comme le Palais de justice de Bruxelles, des ambassades et consulats belges à l’étranger, des maisons communales, écoles et crèches, mais aussi de grands événements comme le trentième anniversaire du Parti communiste au Heysel en 1951 ou les murs extérieurs d’un bâtiment de l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958. De même, après Forces murales, les oeuvres monumentales de ces artistes apparaîtront encore dans des réfectoires d’usine et locaux syndicaux, des lycées, des habitations sociales, des centres culturels et sur les parois du métro de Bruxelles, marquant ainsi la continuité de l’entreprise de Forces murales.
« Forces Murales » au Musée de l’Art wallon
ls 28/5/2009 >> Forces murales, c’est d’abord un manifeste, signé en 1947 par Louis Deltou
r, Edmond Dubrunfaut et Roger Somville. Trois artistes belges qui se sont rencontrés dans l’immédiat aprèsguerre, fils d’ouvriers et d’artisans baignant dans le climat militant de l’époque. Somville et Deltour seront d’ailleurs membres du parti communiste. Force Murales, c’est aussi le nom de l’expo que consacre à leur travail l’ IHOES.
« Le manifeste propose de renoncer à l’académisme, de faire de l’art pour tous, expliquent Ludo Bettens, directeur, et Camille Baillargeon, attachée scientifique à l’IHOES. Notamment en exploitant des thèmes proches des gens : la vie quotidienne, le travail, la lutte ouvrière. Mais aussi en veillant à placer les oeuvres là où vivent les gens, dans les lieux publics. Enfin, les trois artistes veulent explorer des techniques nouvelles, comme la tapisserie. »
Les tapisseries sont au coeur de l’exposition. D’inspiration souvent médiévale, elles flamboient de couleurs et sont animées d’un mouvement étonnant. Camille Baillargeon : « Les artistes faisaient réaliser les tapisseries dans une coopérative à Tournai et donnaient ainsi du travail à des ouvrières, en participant au renouveau de cette technique. »
Viennent alors des séries de grandes toiles, également signées à trois, aux thèmes résolument politiques, mais toujours nimbées de cette aura poétique. Un Non à la Guerre inspiré du Guernica de Picasso, la grande grève de 1902 pour le suffrage universel, celle de la FN pour les congés payés en 1936, la résistance… « Ces oeuvres sont prévues pour être utilisées dans les congrès et manifestations, elles sont mobiles, reprend Ludo Bettens. Et dépeignent souvent une actualité très récente. » Elles étaient soumises à la critique des ouvriers, d’ailleurs, qui remplissaient de petites fiches (exposées) d’appréciation. L’exposition fait également la part belle (via des photographies) aux très nombreuses oeuvres d’art public : dans des écoles, piscines, habitations sociales. L’une d’entre elles fut récemment effacée par des ouvriers communaux dans le métro de Bruxelles, en même temps que les graffitis !
Bref, Forces Murales est un beau moment d’art et une vivifiante piqûre de rappel aux plus jeunes de la réalité des combats sociaux menés pour eux. ■ PIERRE MOREL
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