26 mars F. Ferrara présente le n°84 d'Études marxistes « La crise du système »

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Dans le cadre de « Marx pour les nuls »
Jeudi 26 mars François Ferrara nous présente le n°84 d'Études marxistes
«La crise du système»
0La crise actuelle, en préparation depuis trente-cinq ans, est une véritable « crise du système », ayant pour fondement la manière même de fonctionner du capitalisme. Le crédit spolie une deuxième fois les travailleurs. Les fervents du marché libre découvrent tout d’un coup les avantages de la nationalisation, injectant même de l’argent dans le secteur bancaire et créant ainsi une sorte de « socialisme pour les riches ».

 

• La crise actuelle a changé le monde en quelques semaines. Ce qui a débuté comme une crise de l’immobilier aux États-Unis a bien vite affecté la totalité du système bancaire international. Fortis et Dexia ont été sauvés de justesse de la faillite. En un rien de temps, la crise a gagné l’industrie, puis tous les secteurs dans à peu près tous les pays capitalistes. 2008 risque d’être un remake de 1929.
• Après la chute du Mur, le capitalisme a prétendu avec beaucoup d’arrogance que c’était le seul système qui fonctionnait vraiment, qu’il offrirait aux gens le progrès économique et social. Avec la crise, cette fable s’écroule aussi. Aujourd’hui, seul le marxisme parvient à proposer une analyse cohérente de cette crise. Et une issue également.
• Le capitalisme est un système économique, dans lequel :
(1) les moyens de production (usines, banques, etc.) sont aux mains de capitalistes privés.
(2) la production est réalisée en fonction du profit maximal. Nestlé ne produit pas de produits alimentaires pour nourrir les gens, mais pour faire du profit ; l’industrie pharmaceutique ne produit pas des médicaments pour guérir les gens, mais pour faire du profit.
• Sous le capitalisme, la production est réalisée au profit du capitaliste qui possède les usines ; toutefois, cette production n’est pas réalisée par le capitaliste même, mais par des centaines, des milliers de travailleurs, ouvriers et employés, qui travaillent pour lui. La production est réalisée socialement, mais la possession des moyens de production est privée. De même, le but de la production, le profit du patron, est privé. Une fois que cette façon de produire se fait à grande échelle, au niveau international, elle conduit à des crises de surproduction. Les gens qui ont fabriqué les produits ne peuvent plus les acheter. Comment cela se fait-il ?
Le capitalisme veut plus de profit, un profit maximal. Sous le capitalisme, il y a des méthodes pour :
(1) Augmenter la productivité
Le progrès de la technique permet de produire avec des machines toujours plus modernes. De ce fait, on peut produire meilleur marché que les concurrents et donc faire des bénéfices supplémentaires. Le profit va donc augmenter.
L’utilisation de machines plus modernes va toutefois faire augmenter con capital.
(2) Comprimer les salaires (capital variable)
Ce qu’un capitaliste ne doit pas dépenser en salaires, il peut l’ajouter à son bénéfice. Le profit va donc augmenter et il va donc devoir investir moins en capital variable.
Les méthodes pour comprimer les coûts salariaux sont : l’index santé, la norme salariale, la réduction du salaire indirect (charges sociales), la délocalisation vers des pays à bas salaires, les réductions des salaires, etc.
Le capitalisme tend ainsi à sans cesse limiter le salaire des travailleurs à ce dont ceux-ci ont vraiment besoin pour survivre et pour élever leurs enfants. Et cela, sans le moindre égard pour la valeur et la richesse de plus en plus grandes que les travailleurs produisent.
La crise de surproduction
Les capitalistes appellent leur propre système « économie du libre marché ». La liberté consiste en ce qu’ils se font une concurrence à mort. Celui qui peut produire le plus rapidement et le meilleur marché peut supplanter les autres sur le marché. C’est ainsi que les gros mangent les petits et que naissent les grands monopoles. C’est la motivation pour faire de plus en plus de bénéfice et, de ce fait, le profit maximal est également un élément inhérent au système même. Celui qui n’y souscrit pas succombe dans la lutte concurrentielle. Cela n’a donc rien à voir avec la soif du profit, mais avec la loi économique du système, du capitalisme même.
Chaque capitaliste est donc mû par la pulsion vers un bénéfice de plus en plus grand, surtout via le recours à une technologie plus moderne et à la compression des salaires. Mais ce mécanisme à des conséquences importantes :
• Davantage de production. En raison du profit, on produit de façon de plus en plus moderne et, donc, à une échelle de plus en plus grande. La capacité de production est élargie. Aujourd’hui, les constructeurs automobiles peuvent produire 80 millions de voitures par an.
• Moins de pouvoir d’achat : Mais ces autos doivent être achetées par les travailleurs dont le salaire, en tant que producteurs de ces mêmes voitures, est de plus en plus comprimé. Et, de ce fait, ils ne peuvent en acheter que 56 millions.
• Ainsi, le capitalisme produit sans cesse de nouvelles crises de surproduction. Il en est ainsi depuis 1825 et, jusqu’à présent, la plus grave de ces crises a été celle de 1929 à 1935, qui a débouché sur la Seconde Guerre mondiale. L’actuelle crise de surproduction a débuté en 1973 et elle est tout aussi structurelle que celle de 1929.
L’actualité du marxisme
Marx a prouvé que la crise était inhérente au système même. Quand le capitalisme aboutit dans une impasse, comme en 1929 ou aujourd’hui, nous parlons alors d’une crise du système.
Les libéraux glorifient le libre marché et les lois du système. Les sociaux-démocrates veulent conserver le libre marché, mais le corriger, le faire réguler par l’État. Pour les socialistes non plus, ce n’est pas une crise du système, mais seulement de la soif de profit des banquiers. Nous voulons un libre marché, déclare Vande Lanotte (Spa), un libre marché régulé, soumis à des règles.
Ni les libéraux, ni les sociaux-démocrates ne remettent le système en question parce que, s’ils le faisaient, ils devraient également remettre en question les patrons qui les nourrissent.
L’économie bourgeoise, disait Marx, ne cherche plus la vérité, mais uniquement ce qui rapporte de l’argent aux patrons. Elle rejette donc la cause de la crise et des licenciements sur les travailleurs : les coûts salariaux élevés, les charges sociales élevées, les chômeurs et les vieux, peu désireux de retrouver du travail et qu’il faut donc activer, le nombre trop élevé de fonctionnaires, etc.
Les « solutions » du système s’effondrent
Dans une crise, on élimine la surproduction en détruisant massivement la capacité de production. En Belgique, à partir de 1975, on a déjà procédé au démantèlement de la sidérurgie et du textile. Thatcher et Reagan l’ont fait de façon encore plus radicale.
Les patrons essaient toutefois de reporter le démantèlement avec le soutien de l’État. Pour cela, ils utilisent surtout les méthodes d’exploitation plus intense de leurs travailleurs, le pouvoir d’achat artificiel (le crédit) et le rejet de la crise sur les épaules des concurrents.
Ce sont ce qu’on appelle les « solutions sursitaires » des États-Unis, qui ont prolongé la crise et l’ont tempérée mais, aujourd’hui, ces « solutions » ont abouti à un effondrement total.
Sous la direction des États-Unis, on a fait deux choses pour atténuer la crise de surproduction:
1. Créer un pouvoir d’achat artificiel.
2. Ouvrir de nouveaux marchés de débouchés.
Comment peut-on accroître artificiellement le pouvoir d’achat ?
1°) Du fait que les banques accordent des crédits. Le crédit met de l’argent en circulation. Le mécanisme est simple. Vous déposez 1000 € à la banque ; la banque en prête 800 et en garde 200 en réserve, par exemple. De ce fait, il y a déjà 1800 € en circulation car vous pouvez retirer votre argent à tout moment. Celui qui emprunte 800 € à la banque s’en sert par exemple pour acheter un PC. Le vendeur du PC place à son tour ces 800 € à la banque. De cette somme, la banque prête 650 € à un autre client. De la sorte, en fait, il y a 2450 € en circulation, etc.
On peut dire que la croissance extraordinaire de l’économie américaine tourne pour une part très importante autour du crédit, c’est-à-dire sur les dettes des familles et sur celles de l’État.
- Les dettes de l’État ont principalement servi à payer les guerres, car les guerres aussi sont une forme de « consommation ». Cela a abouti à d’importants déficits budgétaires.
 Les dettes des familles ont fait qu’entre 1980 et 2007, la part de la consommation privée aux États-Unis est passée de 62 à 71 % du produit intérieur brut (PIB). L’accroissement le plus spectaculaire du crédit (et des dettes) s’est produit à partir de 2001, quand la Fed (la banque nationale américaine) a réduit considérablement les taux d’intérêt et les conditions des prêts hypothécaires. 6 millions de familles qui n’auraient jamais été en mesure d’acheter une maison ont reçu un crédit hypothécaire (prêts « subprime »). Entre-temps, 3 millions d’entre elles ont déjà reperdu leur maison, soit en vente publique, soit saisie par la banque. Car, à partir de 2006, les taux d’intérêt ont commencé à grimper fortement et le marché immobilier s’est effondré. Il y avait pour 2000 milliards de dollars de prêts « subprime » sur le marché et, dans l’intervalle, ils avaient déjà été utilisés comme couverture d’une émission d’obligations et de produits financiers qui, à leur tour, furent vendus à des investisseurs, des banques, des fonds de pension, des compagnies d’assurances, des fonds leviers, etc. Ces produits « de pacotille » ont envahi le monde entier et, quand ils se sont avérés sans valeur, ils ont plongé tout le système financier dans une crise.
2°) Le pouvoir d’achat peut aussi être remonté artificiellement en créant des bulles de spéculation financière. Si le capital n’atteint pas son rendement dans la production, il opte alors pour la finance. S’il y a surproduction, les capitaux vont vers le secteur financier et la spéculation. Les conditions pour ce faire ont été créées par la politique néolibérale. Après 1980, nous avons eu le duo Reagan et Thatcher et, ces huit dernières années, nous avons eu Bush. Les huit années de Clinton ont plutôt été une variante qu’une rupture avec la politique néolibérale. Ils ont complètement libéralisé et stimulé les marchés financiers. Ils ont fait en sorte qu’il soit attrayant d’investir et de spéculer. .
Primo, via une réforme fiscale à l’avantage des riches. Aux États-Unis, 1 % de la population possède 40 % de la richesse (chez nous, c’est 25 %). Les riches ont pris le chemin de la Bourse.
Secundo, en « dérégulant » complètement les banques et le secteur financier, en leur donnant une liberté complète. Ainsi, des tas de produits de spéculation ont débarqué sur le marché.
Tertio, en faisant concorder complètement le management de l’entreprise et les exigences des actionnaires, qui réclament 15 %. C’est ce qui a fait grimper la Bourse en flèche.
Quarto, les systèmes de pension des travailleurs ont été attirés en bourse à l’aide d’avantages fiscaux (épargne pension).

Avec tout cela, le secteur financier a atteint des proportions extraordinaires et on a spéculé énormément. Sur quoi spécule-t-on ? Sur des pôles de croissances dans le monde (les pays d’Asie en pleine croissance, l’économie sur Internet, le marché immobilier américain). De la sorte, on obtient des bulles financières qui ne sont absolument plus en rapport avec la production réelle. On a l’illusion que l’argent crée l’argent. Mais la seule vraie richesse provient du travail. Les spéculateurs boursiers veulent une richesse qui doit encore être produite. Par conséquent, la richesse fictive en Bourse doit tôt ou tard s’effondrer. Et c’est ce qui se passe maintenant.

Quatre « opérations » importantes ont créé un nouvel espace pour permettre à l’économie capitaliste mondiale de respirer. Mais ce qui est un espace de respiration pour les capitalistes se traduit par une plus grande exploitation et oppression pour la population laborieuse.
1°) Pour la population du tiers monde.
Sous la direction des États-Unis, les économies du tiers monde ont été complètement libéralisées et ouvertes aux monopoles occidentaux.
- Les banques occidentales leur ont prêté beaucoup d’argent et cela a débouché sur la crise de l’endettement (l’Amérique latine dans les années 80 et à la fin des années 90, les pays est-asiatiques à la fin des années 90). Ces crises de l’endettement ont été utilisées par le FMI pour les soumettre encore plus et ouvrir à l’Occident leurs secteurs publics et leurs marchés intérieurs.
- Les monopoles capitalistes ont eu un recours massif à la « main-d’œuvre bon marché » du tiers monde. Les monopoles américains, surtout, mais aussi les européens, se sont mis à produire « à bon marché ».
2°) Pour la population de l’Europe de l’Est et de l’ex-Union soviétique.
La chute des États socialistes, en 1989, a ouvert aux monopoles occidentaux de nouveaux marchés de débouchés et endroits de production à bon marché. Avec de nouvelles délocalisations à le clef.
3°) Pour la population laborieuse aux États-Unis et en Europe. Dans les années 80, l’économie américaine a été complètement libéralisée. À partir des années 90, c’est surtout en Europe que les éléments les plus rentables des services publics ont été privatisés.
4°) Avec leurs guerres, les États-Unis tentent de conserver et d’étendre leurs sphères d’influence (Irak, Afghanistan…).
L’opposition à cette politique croît dans le monde entier. Les guerres en Irak et en Afghanistan se sont muées en impasses et elles ont également coûté aux États-Unis une part considérable de leur prestige.
Un contre-pouvoir croissant est constitué par les pays de l’Amérique latine, de l’Asie et de l’Afrique dans lesquels la Chine joue un rôle de plus en plus prépondérant.
Les États-Unis ont encore une supériorité militaire et technologique énorme, mais cette « crise américaine » va flanquer un sale coup à leur suprématie dans le monde.
Une crise de surproduction reportée
Les prétendues « solutions » n’ont fait qu’intensifier la crise. Ce qui va venir, maintenant, c’est une adaptation très draconienne de la production élevée à la consommation. La surproduction sera supprimée en opérant des fermetures massives et des reprises nombreuses.
Marx écrivait : « Comment la bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises ? D’un côté, en détruisant par la violence une masse de forces productives ; de l’autre, en conquérant de nouveaux marchés et en exploitant plus à fond les anciens. À quoi cela aboutit-il ? À préparer des crises plus générales et plus formidables et à diminuer les moyens de les prévenir. » (Manifeste du parti communiste)
Des temps nouveaux : il est temps que vienne le socialisme
Sur les trois plans que voici, le socialisme est le contraire du capitalisme :
• la propriété commune des moyens de productions contre la propriété privée des moyens de production ;
• la production destinée au bien-être social contre le profit destiné aux gros détenteurs de capitaux ;
• le planning démocratique de la production contre l’anarchie.
La grande contradiction du capitalisme est ainsi résolue: la propriété des moyens de production devient sociale, collective, tout comme la production elle-même. La production est utilisée au service de ceux qui la produisent. De la sorte, il n’y a plus de classe à part qui vient faire main basse sur les bénéfices de la production et qui a tout intérêt à ce que les salaires soient poussés vers le bas. C’est pourquoi le socialisme peut faire monter les salaires de façon planifiée et équilibrée avec la production. De la sorte, il n’y a pas de surproduction.
Le socialisme est l’alternative au capitalisme sur le plan socioéconomique, politique et éthique.

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